Suspension des permissions de sortir culturelles et sportives

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          Paris le 17 mars 2026

Suspension des permissions de sortir culturelles et sportives : ordre + contre-ordre = désordre

Les récentes évasions survenues lors de permissions de sortir collectives sont un écho étouffé de l’équilibre fragile de notre système pénitentiaire.

Suite à l’évasion d’une personne détenue survenue jeudi 12 mars à l’occasion d’une permission de sortir collective organisée dans le cadre de la convention signée entre le Louvre et la Direction Générale de l’Administration Pénitentiaire (DGAP), des annonces particulièrement abruptes ont été faites par le biais des directions interrégionales. Il a ainsi été annoncé la suspension de toutes les permissions culturelles et sportives, jusqu’à nouvel ordre. Après une première consigne visant à réinterroger la validité de toutes les permissions dans ce cadre, la DGAP a fait marche arrière concernant les permissions déjà accordées.

Les faits survenus ce 12 mars alimentent les débats qui se font jour depuis plusieurs mois sur la question des permissions de sortir. Il semble en effet que dans le cas d’espèce, l’ensemble des critères légaux et réglementaires ou même portés par la note DAP du 31 octobre 2025, ont été respectés. Le projet lui-même ne semblait pas devoir poser question : validé par la direction interrégionale, il s’inscrivait dans le cadre de la convention nationale précitée.

Dans ce contexte, il apparait particulièrement troublant de voir notre propre administration s’arc-bouter sur un réflexe visant à pointer du doigt les agents pénitentiaires, ces hommes et ces femmes qui, au quotidien, font face à l’inavouable et à l’inavoué. Il semble aujourd’hui plus aisé de rechercher des coupables afin de nourrir la vindicte populaire en pointant des pseudos dysfonctionnements que d’enquêter avec recul et objectivité, avec lucidité et en responsabilité. Cette posture soulève nombre de questions :

  • Est-ce une vue de l’esprit d’imaginer que la chaîne hiérarchique soutienne ses agents et ses protocoles d’intervention dès lors qu’ils s’inscrivent dans le cadre établi ?
  • Le nouveau triste tropisme de la chaîne hiérarchique reposerait-il sur la seule recherche de responsabilité individuelle des agents, masquant la réalité d’un système asphyxié tant par sa surpopulation carcérale que sa probation de masse ?
  • Faudra-t-il dès lors rendre des comptes sur les avis que nous émettons dans ce cadre à chaque fois que le déroulement des faits nous donnera tort ?
  • Devons-nous être tenus responsables de tout avis favorable à quelque mesure que ce soit dès lors qu’une personne détenue ou suivie la met en échec, y compris si rien ne permettait d’affirmer que le projet échouerait ?
  • Si tel est le cas, quel intérêt reste-t-il à émettre un avis qui permette d’introduire une forme de subjectivité et comment permettre aux agents de travailler dans la sérénité dans ces circonstances ?

A minima, les faits confortent notre analyse sur un point : les consignes sur l’accompagnement des permissions par des personnels pénitentiaires (note précitée) ont démontré leur inefficacité en matière de prévention des évasions. Si cet accompagnement a un intérêt, c’est bien sur le registre pédagogique plus que sur un plan uniquement sécuritaire. En tout état de cause, un accompagnement particulièrement renforcé lors de ladite permission n’a nullement empêché la survenue d’une évasion.

Faut-il redéfinir le cadre des permissions de sortir ? Si oui, avec quels objectifs ? Peut-on, comme semble le faire l’institution, passer sous silence la vocation de réinsertion de ce type de mesure au nom d’une toute nouvelle tolérance zéro alimentée par la pression politique et médiatique ?

Autant de questions dont nous souhaitons échanger avec le directeur général de notre administration en sollicitant la réunion du groupe de travail « politique pénitentiaire » créé par le garde des Sceaux dans la feuille de route signée fin 2025.

Nous nous étonnons en effet que des sujets pourtant fondateurs pour nos pratiques professionnelles puissent faire l’objet de mesures réactionnelles expéditives en dehors de tout dialogue. La posture adoptée de manière récurrente par le garde des Sceaux concernant les permissions de sortir insécurise depuis trop longtemps une pratique jusque là bien rodée. Si telle est la volonté du ministre, qui semble nous considérer tout à la fois trop laxistes et insuffisamment diligents, une réforme du cadre légal des permissions de sortir doit pouvoir être engagée.  Cela supposera alors un véritable débat démocratique qui reste pour l’heure confisqué.

Sous un vernis d’hyperactivité médiatique, notre administration est paralysée et nerveuse face à tous les évènements auxquels elle doit répondre. En tout état de cause, il nous faut redire une fois encore que dans ces moments de crise, c’est un message de soutien fort de notre hiérarchie que nous attendons plutôt que des accusations en prime time ou un pseudo mea culpa dans les médias passant sous silence tant le cadre légal et réglementaire dans lequel nous intervenons que les conditions extrêmement dégradées dans lesquelles il nous faut agir.

Le secrétariat national du SNDP-Cfdt

Rédigé par: Flavie Rault

24 Mar, 2026

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